L’Italie veut renforcer sa présence industrielle en Afrique. Le secteur textile pourrait constituer l’un des nouveaux terrains de cette offensive. À Vercelli, deux hommes d’affaires italiens ont été reçus le 06 septembre 2026 par le Dr Assadio Assadio, Président et Chef de la Diplomatie du Centre culturel pour la promotion des langues, le développement et la paix (CLIRAP), dans le cadre d’échanges consacrés aux perspectives d’investissement dans l’industrie textile africaine.
La rencontre a porté sur trois marchés : le Cameroun, le Burkina Faso et la Côte d’Ivoire. L’ambition affichée est de dépasser le simple commerce de produits finis pour favoriser la transformation locale des matières premières, notamment du coton, et développer des unités industrielles créatrices de valeur et d’emplois.
Le textile africain, un marché à fort potentiel
Le potentiel est considérable. L’Afrique dispose d’une importante production de coton, mais une grande partie de la valeur ajoutée est encore captée en dehors du continent. La Banque africaine de développement estimait déjà le marché combiné de l’habillement et de la chaussure en Afrique subsaharienne à environ 31 milliards de dollars, tout en soulignant le potentiel d’une montée en gamme des chaînes de valeur textiles africaines. La dynamique se poursuit. En mars 2026, l’Organisation mondiale du commerce et l’ONUDI ont organisé à Yaoundé une rencontre de haut niveau consacrée à la mobilisation des investissements dans les filières coton-textile-habillement en Afrique de l’Ouest et du Centre. L’objectif : permettre aux pays producteurs de capter davantage de valeur en transformant localement leur coton. C’est précisément cette logique que porte aujourd’hui le CLIRAP dans ses discussions avec les investisseurs italiens.
Dschang, Ouagadougou, Bobo-Dioulasso et Abidjan dans le viseur
En présence de son conseiller spécial, l’ingénieur en production industrielle Gabriel Marie Takoundjou, le président du CLIRAP a présenté une première ébauche du plan de réalisation du projet. Au Cameroun, l’ambition est de favoriser l’implantation d’une unité de production textile à Dschang, dans la région de l’Ouest. Au Burkina Faso, les investisseurs s’intéressent notamment à Ouagadougou et Bobo-Dioulasso, tandis qu’Abidjan constitue la principale cible en Côte d’Ivoire. Les investisseurs italiens ont également présenté des échantillons de tissus, mettant en avant la qualité et le savoir-faire du « Made in Italy ».
Pour que le projet réussisse, il faut pouvoir garantir les intérêts de tous les acteurs, du producteur de coton jusqu’au distributeur, en prenant en compte tous les maillons de la chaîne
,a souligné l’ingénieur Gabriel Marie Takoundjou.
Mais l’Italie n’arrive pas sur un terrain vierge. L’Égypte, le Maroc, la Tunisie, l’Afrique du Sud, l’Éthiopie, le Kenya ou encore Madagascar disposent déjà d’importantes activités textiles et de confection. L’enjeu est donc de trouver sa place dans un marché africain déjà concurrentiel, mais encore largement sous-exploité.
Le Plan Mattei, nouvel accélérateur des investissements italiens
Cette initiative intervient dans un contexte où Rome cherche à intensifier ses relations économiques avec l’Afrique à travers le Plan Mattei pour l’Afrique , lancé en 2024. Le dispositif italien repose sur une logique de partenariats présentés comme « d’égal à égal » et cible notamment l’agriculture, l’énergie, les infrastructures, l’eau, la santé et la formation. Le périmètre du Plan, initialement établi autour de neuf pays pilotes, a été élargi en 2025 à cinq autres pays.
Surtout, l’Italie met progressivement en place des instruments destinés à faciliter l’investissement de ses entreprises en Afrique. Parmi eux figurent notamment le Plafond Africa de 500 millions d’euros, la Misura Africa de 200 millions d’euros et la plateforme de co-investissement GRAf, dont la cible atteint 750 millions d’euros. La SACE, l’agence italienne de crédit à l’exportation, joue également un rôle central. En juin 2026, elle indiquait avoir mobilisé plus de 6,4 milliards d’euros en Afrique depuis le lancement du Plan Mattei, afin de faciliter la participation d’entreprises italiennes à des projets stratégiques du continent.
Transformer l’expertise italienne en partenariats industriels sur le continent
L’offensive italienne ne part pas de zéro. Selon le ministère italien des Affaires étrangères, plus de 1 600 entreprises italiennes sont présentes sur le continent africain. En 2023, le stock d’investissements italiens en Afrique atteignait 26,8 milliards d’euros, tandis que les échanges commerciaux entre l’Italie et l’Afrique avoisinaient les 60 milliards d’euros.
Dans le textile, l’Italie dispose d’un avantage particulier : son expertise industrielle et technologique. En 2025, les exportations italiennes de textile-habillement ont atteint 36,9 milliards d’euros, malgré un recul de 1,6 % sur un an. L’enjeu pour Rome est donc de transformer cette expertise en partenariats industriels sur le continent, tandis que les pays africains cherchent à développer leurs propres capacités de transformation. Pour le CLIRAP, l’objectif est de jouer précisément ce rôle d’intermédiaire : connecter le savoir-faire italien aux ressources, aux marchés et aux besoins industriels africains.

