Dans son Rapport Pays 2026, la Banque africaine de développement (BAD) estime à 13,9 milliards de dollars par an les besoins de financement nécessaires pour accélérer la transformation structurelle du pays d’ici 2030. Mais le véritable défi se situe dans le déficit à combler. Celui-ci est évalué à 9,2 milliards de dollars par an, soit 16,4 % du PIB. Les financements actuellement mobilisés restent donc largement insuffisants au regard des besoins de développement du pays.
Un déficit de financement qui reste considérable
Les flux financiers entrants donnent la mesure de l’écart. Ils sont passés de 700 millions de dollars en 2020 à 900 millions de dollars en 2024, alors que les besoins annuels se chiffrent en milliards. En quatre ans, le rapport entre les besoins de financement et les flux financiers entrants s’est certes amélioré, passant de 20,6 fois en 2020 à 15 fois en 2024. Mais l’écart demeure considérable. Le déficit de financement représentait encore 9,9 fois les flux financiers entrants en 2024. Pour la BAD, cette situation impose une stratégie beaucoup plus ambitieuse de mobilisation et d’allocation du capital national.
Le privé appelé à prendre davantage de place
La réponse ne peut pas reposer uniquement sur les ressources budgétaires ou les financements extérieurs traditionnels. Le rapport préconise une approche combinant mobilisation des ressources domestiques, amélioration de la gestion des finances publiques, investissements privés, partenariats public-privé, mobilisation de la diaspora et valorisation du capital naturel.
L’enjeu est d’autant plus important que la BAD estime que le Cameroun doit fortement accélérer l’accumulation de capital pour faire passer son rythme de croissance de 3,7 % à 7 % par an. Pour y parvenir, le pays devrait plus que doubler le taux de croissance de son stock de capital annuel d’ici 2030. Autrement dit, le financement devient un enjeu directement lié à la croissance future.
Les recettes publiques ne suffisent pas
Le Cameroun dispose pourtant d’une marge de progression sur ses ressources internes. Les recettes fiscales sont passées de 690,99 milliards de FCFA en 2000 à 3 915,79 milliards en 2025. Mais leur poids reste limité : elles représentent 13,3 % du PIB, contre un plancher régional de 17 % dans la CEMAC.
La BAD pointe notamment des assiettes fiscales étroites, des exonérations, une couverture limitée des contribuables et des difficultés de conformité. L’amélioration de la mobilisation fiscale constitue donc l’un des leviers permettant de réduire progressivement le déficit de financement.
La diaspora et les PPP parmi les pistes
Pour diversifier les sources de financement, la BAD recommande notamment d’accélérer les réformes nécessaires à l’émission de diaspora bonds. L’objectif est de mieux orienter l’épargne de la diaspora vers des investissements productifs.
Notons qu’en juillet 2026, la Caisse des dépôts et consignations du Cameroun (CDEC) a présenté le projet Diasdev (Diaspora et développement), destiné à canaliser une partie de l’épargne des Camerounais de l’étranger vers le financement de l’économie nationale. Le projet s’appuie notamment sur une étude de faisabilité présentée à Yaoundé le 7 juillet 2026.
Un défi aussi pour les investisseurs
Pour les investisseurs, le déficit de 9,2 milliards de dollars ne constitue pas uniquement un problème de financement public. Il représente également un besoin de capitaux privés et donc un espace potentiel pour de nouveaux projets, notamment dans les infrastructures, l’industrie, l’énergie, l’agriculture, la transformation des matières premières et les services financiers.
La BAD appelle ainsi à une meilleure mobilisation du capital national et à une réorientation des financements vers des investissements productifs et résilients. Le défi sera toutefois de créer les conditions permettant à ces capitaux de s’engager durablement : amélioration du climat des affaires, renforcement des institutions financières, développement des PPP et amélioration de la capacité de l’État à préparer et exécuter les projets.

