Au Ghana, lorsqu’un client paie un abonnement Netflix, Spotify ou ChatGPT par carte bancaire émise dans le pays, par mobile money ou par un autre moyen numérique, sa banque retient désormais elle-même la taxe due à l’État. La mesure s’applique depuis le 15 octobre 2026 aux services numériques fournis par des entreprises étrangères : streaming, cloud, jeux en ligne et publicité numérique. Les biens physiques achetés sur des plateformes étrangères restent soumis aux douanes.
La Ghana Revenue Authority (GRA) assure qu’il ne s’agit pas d’un nouvel impôt. Le taux effectif de 20 % existe déjà : 15 % de TVA, 2,5 % de contribution à l’assurance maladie (NHIL) et 2,5 % de fonds d’éducation (GETFund). Il découle de la loi 1151 sur la TVA, en vigueur depuis le 1er janvier 2026, qui a aussi supprimé le prélèvement Covid-19 de 1 % et ramené la charge effective de 21,9 % à 20 %. Ce qui change, c’est le collecteur de la taxe. Jusqu’ici, l’État comptait sur les fournisseurs étrangers pour déclarer leurs ventes et reverser la taxe, ce qu’ils faisaient peu. Désormais, ce sont les banques et les prestataires de paiement qui la prélèvent au moment du paiement. Le commissaire général, Anthony Sarpong, donne l’exemple d’un abonnement de 100 cedis, : le système en prélève 20 pour l’État et reverse 80 à Netflix.
Pour le consommateur, tout dépend du fournisseur. Environ 92 prestataires non résidents sont déjà enregistrés et reversent la TVA : leurs clients ne doivent pas être taxés deux fois. Environ 100 autres ont été identifiés comme ne facturant pas la taxe. Leurs clients verront apparaître la charge au fur et à mesure de leur mise en conformité, sans calendrier public. Le risque principal est celui d’un double prélèvement si le prix affiché contient déjà la taxe. La GRA promet de coordonner banques et plateformes pour l’éviter, et certaines banques ont prévenu leurs clients qu’il s’agit d’une obligation légale et non de frais bancaires.
Un terrain de jeu plus équitable en matière de concurrence
Un éditeur ou un service de streaming ghanéen facture la TVA et les prélèvements à ses clients ; son concurrent étranger, souvent non. La GRA cite explicitement l’équité entre acteurs locaux et étrangers parmi ses objectifs. Pour les entreprises locales du numérique, la mesure réduit un désavantage de prix.
Des inquiétudes subsistent, cependant sur la sécurité juridique, le contournement et la charge de conformité pour les banques. La GRA a tenu à préciser qu’il ne s’agit pas d’un retour de l’E-Levy (une taxe sur les transactions électroniques qui a été introduite au Ghana en 2022), mais les détails de la directive donnée aux banques ne sont pas clairs, ce qui pourrait pousser les usagers vers d’autres moyens de paiement et augmenter les coûts pour les banques. L’efficacité réelle de la mesure reste à mesurer.
La décision intervient dans un secteur en forte expansion. Selon THE FINTECH TIME of Ghana, les TIC ont progressé de 30,9 % sur un an au deuxième trimestre 2026, contre 21,3 % un an plus tôt, et tirent la croissance. Le pays compte plus ide 135 lignes mobiles pour 100 habitants, plus de 100 incubateurs et pôles technologiques, et 47 fintechs agréées qui ont traité environ 9,5 milliards de dollars fin 2022, selon le service commercial des États-Unis (US Commercial Service). Il s’agit d’une agence gouvernementale qui fait partie du Département du Commerce des États-Unis.
Quatre pistes se dégagent pour les investisseurs
La mesure prise par le Ghana ouvre plusieurs fenêtres d’opportunités d’investissement. Les technologies fiscales et de facturation sont essentielles pour le recouvrement à la source, avec des moteurs de calcul de taxe, de la réconciliation et de la facturation électronique. Les paiements et la fintech sont également prometteurs, avec la stratégie nationale des systèmes de paiement 2025-2029 de la Banque du Ghana. Le cloud et les centres de données gagnent en attrait, avec un marché estimé à 15 millions de dollars. Les contenus et logiciels locaux, ainsi que le conseil et la conformité, offrent aussi des opportunités, notamment pour les PME et les fournisseurs en cours de régularisation.
Avant d’investir, il faut vérifier trois points : la base juridique exacte de la directive ; le traitement de la TVA déductible, c’est-à-dire la possibilité pour les entreprises assujetties de récupérer la taxe prélevée par la banque, question restée sans réponse dans les sources consultées et qui conditionne l’effet réel sur la compétitivité des start-up et des agences ; et le calendrier d’intégration des fournisseurs non conformes.
La mesure ghanéenne est moins une nouvelle taxe qu’un changement d’outil : faire collecter par les banques ce que les plateformes étrangères reversaient peu. Son rendement budgétaire reste limité, environ 2,3 milliards de cedis (GH¢) par an en régime complet, soit à peine 1 % de l’objectif de recettes fiscales de 225 milliards de GH¢ fixé pour 2026. Son effet sur les prix concernera surtout les clients des quelque 100 fournisseurs non conformes.
L’enjeu est ailleurs : équité face aux acteurs étrangers, modernisation du recouvrement et appel d’air pour les entreprises de paiement, de technologies fiscales et de cloud. Les investisseurs gagneront à suivre la publication du cadre détaillé et les premiers résultats de collecte.

