L’approvisionnement du marché camerounais en gaz de pétrole liquéfié (GPL) entre dans une nouvelle phase de régulation. Après les difficultés observées dans plusieurs villes, le ministre de l’Eau et de l’Énergie, Gaston Eloundou Essomba, a signé le 23 septembre une lettre circulaire destinée à corriger les dysfonctionnements identifiés dans la chaîne d’approvisionnement. Le document intervient après une concertation avec les acteurs de la filière et fixe désormais des obligations précises à chaque maillon.
La mesure intervient alors que la SCDP avait qualifié, le 17 septembre, la situation de « tension localisée » plutôt que de pénurie généralisée. L’entreprise publique expliquait notamment ces difficultés par une hausse d’environ 15 % de la consommation nationale, l’arrêt de la production de gaz à Bipaga ayant réduit la production nationale d’environ 2 000 tonnes métriques par mois, le retard de certains butaniers et la pression exercée sur les infrastructures de stockage.
Des obligations pour chaque maillon de la chaîne
La circulaire du MINEE intervient directement sur les conditions d’approvisionnement. Les importateurs doivent désormais respecter les calendriers prévisionnels de livraison ainsi que les délais contractuels de paiement. Le ministère pointe notamment les retards, voire les non-paiements, de certains marketers envers les importateurs comme l’un des dysfonctionnements affectant la chaîne.
La SCDP est, de son côté, appelée à assurer une répartition des cargaisons conforme aux engagements commerciaux des opérateurs. Le ministère demande également que les produits destinés au marché camerounais soient réceptionnés en priorité, tout en maintenant le transit des cargaisons destinées aux pays voisins.
La circulaire s’attaque également aux pratiques d’enlèvement. Le MINEE relève que certaines opérations auraient favorisé des clients industriels au détriment des points de vente destinés aux consommateurs. Le ministère évoque aussi la vente irrégulière de produits subventionnés aux industriels. L’objectif est donc de mieux orienter les volumes disponibles vers les circuits correspondant à leur destination.
10 000 bouteilles comme nouveau seuil
L’une des principales mesures concerne les distributeurs agréés. Ceux-ci devront désormais disposer d’un parc d’au moins 10 000 bouteilles avant tout enlèvement de GPL destiné aux points de consommation. Cette exigence introduit un seuil minimal de capacité dans l’organisation de la distribution.
Cette disposition implique donc de disposer d’une capacité suffisante de bouteilles pour assurer la distribution du produit. Elle vise à éviter que des volumes de GPL soient enlevés sans que les capacités nécessaires existent en aval pour leur acheminement vers les points de vente.
Cette exigence intervient alors que le marché connaît une progression régulière de la demande. Selon la SCDP, la consommation nationale de gaz domestique a augmenté d’environ 15 %, accentuant la pression sur les infrastructures et les circuits de distribution.
Des sanctions qui peuvent toucher directement les opérateurs
Le dispositif ne repose pas uniquement sur des prescriptions. Le MINEE prévoit également des sanctions en cas de non-respect. Les opérateurs qui ne se conformeraient pas aux nouvelles obligations s’exposent à la suspension, voire au retrait de leur agrément, conformément à la réglementation en vigueur.
Pour les entreprises du secteur, l’enjeu devient donc double : sécuriser leur approvisionnement et respecter les nouvelles règles de fonctionnement imposées par le régulateur. La mesure renforce ainsi le rôle de l’État dans l’organisation d’un marché où l’importation, le stockage, la distribution et la vente aux consommateurs sont étroitement liés.
Un marché sous pression, mais aussi en transformation
La nouvelle réglementation arrive alors que plusieurs investissements sont engagés pour renforcer les capacités logistiques du pays. En août, la SCDP avait inauguré de nouvelles infrastructures à Bonabéri, tandis que des projets d’extension des capacités de stockage du GPL sont également en préparation. L’objectif est de donner davantage de marge au système face à la progression de la demande.
La question dépasse donc la seule disponibilité ponctuelle des bouteilles. Elle touche à la capacité du marché camerounais à absorber une demande en croissance, à sécuriser les importations, à améliorer la distribution et à réduire les pertes liées aux dysfonctionnements et aux détournements. La CSPH a d’ailleurs récemment renforcé les contrôles sur les mouvements de GPL avec quatre checkpoints destinés notamment à lutter contre les fraudes et les détournements.
La circulaire du 23 septembre marque ainsi un durcissement du cadre applicable au marché du gaz domestique. En agissant simultanément sur les livraisons, les paiements, la répartition des cargaisons, les capacités des distributeurs et les sanctions, le gouvernement cherche à faire en sorte que les volumes disponibles se traduisent effectivement par un approvisionnement régulier des points de vente.
le marché camerounais du GPL se trouve désormais face à une double exigence : disposer des capacités nécessaires pour accompagner la demande et respecter plus strictement les règles qui encadrent la chaîne d’approvisionnement. La capacité du secteur à transformer ces nouvelles obligations en disponibilité réelle pour les ménages constituera le prochain indicateur à suivre.

