Kikot-Mbebe : 1 050 milliards de FCFA annoncés, mais où en est réellement le projet ?

Avec une capacité projetée de 500 MW et un coût estimatif de 1 050 milliards de FCFA, Kikot-Mbebe est présenté comme l’un des grands futurs ouvrages énergétiques du Cameroun. Mais entre une enveloppe estimative, des études, des appels d’offres, des travaux préparatoires et un financement définitivement bouclé, les étapes ne se confondent pas. Les documents officiels disponibles permettent aujourd’hui de situer précisément le projet sur cette trajectoire.

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Kikot-Mbebe entre progressivement dans une nouvelle phase de son développement. Sur le fleuve Sanaga, le futur aménagement hydroélectrique doit produire environ 500 MW et près de 3,3 TWh d’électricité renouvelable par an.

Le 2 juillet 2026, le ministère de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du Territoire a évalué le coût du projet à 1 050 milliards de FCFA et indiqué que Kikot-Mbebe poursuivait sa phase de préparation en vue du lancement des travaux. Trois mois plus tard, plusieurs opérations sont déjà engagées sur le terrain. Mais le chantier principal du barrage n’a pas encore commencé.

Les études techniques sont désormais avancées

Le projet a franchi une étape importante avec la disponibilité de l’avant-projet détaillé. En juin 2026, Kikot-Mbebe Hydro Power Company (KHPC) indiquait que la conception issue de l’avant-projet détaillé était disponible. Les préparatifs des travaux préliminaires portaient notamment sur les routes de contournement et la construction d’un nouveau pont sur la Sanaga.

Les études environnementales et sociales ont également progressé. Elles comprennent notamment l’étude d’impact environnemental et social, le plan de gestion environnementale et sociale, le plan d’action de réinstallation, le plan d’action pour la biodiversité et le plan d’action de développement local.

Les audiences publiques relatives à l’étude d’impact environnemental et social se sont déroulées du 4 au 9 mai 2026 dans les communes de Nyanon, Bot-Makak, Nguibassal et Monatélé.

Le 2 juillet 2026, le ministre de l’Environnement, de la Protection de la Nature et du Développement durable a délivré le Certificat de conformité environnementale du projet, à la suite des travaux du comité interministériel chargé de l’examen du rapport d’étude d’impact environnemental et social.

Le terrain commence à être préparé

Après les études et les procédures environnementales, le projet est entré dans une phase de préparation des emprises nécessaires à ses différentes infrastructures. Le 4 août 2026, KHPC a lancé les opérations de bornage de nouvelles emprises liées aux routes de contournement, à la carrière de granulats de Binoum et à la cité d’exploitation. Les opérations ont commencé dans le département du Nyong-et-Kellé avant de se poursuivre dans la Sanaga-Maritime.

Le bornage doit permettre de matérialiser les limites des terrains concernés avant le recensement des personnes et des biens affectés. Ce processus doit ensuite conduire à l’évaluation des biens et aux procédures de classement et d’indemnisation nécessaires à la libération des emprises.

La carrière de Binoum fait également partie des infrastructures préparatoires. Elle doit fournir les granulats destinés au chantier de construction du barrage et de l’usine hydroélectrique.

Les routes liées au projet mobilisent déjà des marchés publics

La préparation de Kikot-Mbebe concerne également les infrastructures routières. L’Agence de régulation des marchés publics recense un appel d’offres lancé par le ministère des Travaux publics pour le bitumage de la route Kikot-Mbebe ,Minse,Bot-Makak,Sepé,Bibodi,intersection avec l’autoroute Yaoundé-Douala. Le montant prévisionnel du marché est de 10,3 milliards de FCFA.

Un autre marché porte sur le bitumage de la route régionale RO103, entre Bibodi, Botmakak, Minse, Mbebe et Kikot, avec une voie de contournement du centre-ville de Boumyebel. Le montant prévisionnel est de 20,02 milliards de FCFA.

Ces infrastructures doivent accompagner l’aménagement hydroélectrique et assurer notamment la continuité de la circulation sur les axes concernés par la future retenue et les installations du projet.

Les entreprises du barrage sont présélectionnées

La procédure de passation des principaux marchés de Kikot-Mbebe a également franchi une étape. En 2025, KHPC a lancé une procédure de sélection initiale pour trois lots : le génie civil, les équipements électromécaniques et les lignes et postes électriques. Le 19 novembre 2025, la société a publié les résultats de cette sélection.

Pour le lot consacré au génie civil, plusieurs candidats et groupements ont été présélectionnés, notamment WeBuild, The Arab Contractors, le groupement Razel-Bec et Vinci Construction Grands Projets, ainsi que le groupement Sinohydro Corporation Limited et Elsewedy Electric Power Systems.

D’autres groupements ont été retenus pour les équipements électromécaniques et les lignes et postes. La procédure n’est cependant pas encore arrivée à l’attribution définitive des principaux travaux. KHPC indique que les candidats présélectionnés déposeront leurs propositions lorsque les dossiers de demande de propositions seront disponibles.

Le financement reste l’étape qui précède les grands travaux

Le calendrier communiqué par KHPC place la clôture financière au centre de la prochaine phase du projet. Dans l’avis publié le 19 novembre 2025 sur les résultats de la sélection initiale, la société indique que la clôture financière du projet, qui doit marquer le début des principaux travaux de construction, est envisagée au plus tôt au deuxième semestre 2027.

Cette échéance situe le projet dans une phase de préparation avancée, avant l’entrée dans le chantier principal. Le MINEPAT a, de son côté, confirmé en juillet 2026 que Kikot-Mbebe poursuivait sa phase de préparation en vue du lancement des travaux.

1 050 milliards de FCFA pour 500 MW

Le coût actuellement communiqué par le gouvernement est de 1 050 milliards de FCFA pour une capacité projetée d’environ 500 MW. Le projet doit être développé sur la Sanaga, en aval de la confluence avec le Mbam. Selon KHPC, la centrale devrait produire environ 3,3 TWh d’électricité renouvelable par an.

La société Kikot-Mbebe Hydro Power Company porte le développement du projet avec l’État du Cameroun et EDF. Le niveau d’investissement annoncé place Kikot-Mbebe parmi les principaux projets énergétiques actuellement préparés au Cameroun.

L’électricité reste un enjeu pour l’économie camerounaise

Les données de l’Institut national de la statistique donnent également une indication sur le contexte énergétique dans lequel s’inscrit le projet. Dans ses comptes nationaux du quatrième trimestre 2025, l’INS relève une contraction de 1 % du secteur secondaire. L’institut indique que cette baisse a notamment été atténuée par l’amélioration de la production d’électricité.

En 2024, l’économie camerounaise avait enregistré une croissance de 3,5 %, tandis que le secteur secondaire progressait de 1,7 %. L’augmentation des capacités de production électrique reste ainsi liée aux perspectives de développement des activités industrielles et économiques.

Kikot-Mbebe : un projet en préparation, pas encore un chantier principal

Les différentes opérations engagées permettent aujourd’hui de situer précisément l’état d’avancement du projet. Les études techniques sont avancées. L’étude d’impact environnemental et social a franchi l’étape des audiences publiques. Le Certificat de conformité environnementale a été délivré. L’avant-projet détaillé est disponible. Les entreprises susceptibles de réaliser les principaux lots ont été présélectionnées. Les procédures de sécurisation des emprises sont en cours. Des marchés routiers liés à la zone du projet ont également été lancés.

Le chantier principal du barrage reste toutefois à venir. La prochaine séquence porte sur la poursuite des procédures de passation des marchés, la finalisation des conditions de financement et la clôture financière. Selon KHPC, cette dernière est attendue au plus tôt au deuxième semestre 2027 et doit ouvrir la voie aux principaux travaux de construction.

Kikot-Mbebe se trouve désormais face à l’épreuve décisive des grands projets d’infrastructure : transformer une programmation de long terme en engagements financiers et en réalisations mesurables. Avec 500 MW attendus, l’enjeu dépasse la construction d’un barrage. Il concerne la capacité du Cameroun à sécuriser durablement son approvisionnement électrique, à accompagner son industrialisation et à faire émerger de nouvelles activités autour de la Sanaga.

L’évolution du dossier au cours des prochains mois donnera donc une indication concrète sur le passage du projet à l’investissement. Le niveau des financements mobilisés, les contrats finalement attribués et le calendrier d’exécution permettront de mesurer la traduction effective des ambitions affichées autour de Kikot-Mbebe.

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