Le 17 septembre dernier, les Aciéries du Gabon ont lancé leur première production à Port-Gentil, en présence du président de la République gabonaise. L’unité, portée par Foberd, utilise des ferrailles et autres déchets métalliques récupérés au Gabon comme matière première. Ces rebuts sont fondus puis transformés en acier. Les billettes produites peuvent ensuite servir à la fabrication de produits sidérurgiques destinés au secteur du bâtiment.
L’investissement annoncé atteint 6 milliards de FCFA. La première phase prévoit une capacité de 2 500 tonnes mensuelles, soit une capacité théorique de 30 000 tonnes par an. Une deuxième phase annoncée doit porter la production à 5 000 tonnes par mois, soit 60 000 tonnes par an. Cette nouvelle capacité arrive sur un marché gabonais où la transformation des métaux représente déjà plusieurs dizaines de milliards de FCFA de chiffre d’affaires annuel.
Un marché de la transformation des métaux à 59,2 milliards de FCFA
Les dernières données détaillées disponibles dans le Tableau de bord de l’économie du Gabon montrent qu’en 2024, la branche de la seconde transformation des métaux a produit 1 124 942 tonnes, contre 963 564 tonnes en 2023, soit une progression de 16,7 %. Le fer à béton représente l’essentiel de cette production, avec 1 107 215 tonnes en 2024, contre 956 670 tonnes un an plus tôt, soit une hausse de 15,7 %.
Sur le plan commercial, les ventes de la branche ont généré 59,194 milliards de FCFA de chiffre d’affaires en 2024, contre 42,739 milliards en 2023. La progression atteint 38,5 %. Les investissements, en revanche, se sont établis à 4,477 milliards de FCFA, en baisse de 38,9 % sur un an.
La nouvelle unité de Port-Gentil arrive donc dans une filière qui dispose déjà d’un volume de production important. À pleine capacité de sa première phase, ses 30 000 tonnes annuelles représenteraient environ 2,7 % du volume de fer à béton produit au Gabon en 2024. Cette comparaison reste indicative puisque l’unité de Foberd produit d’abord des billettes d’acier et que les statistiques officielles regroupent plusieurs activités de la branche.
La ferraille comme matière première
Le modèle industriel retenu par Foberd repose sur la récupération des déchets métalliques. La Présidence gabonaise décrit un processus dans lequel les ferrailles collectées sont acheminées vers l’usine, introduites dans un four puis fondues avant d’être transformées en produits sidérurgiques. Cette organisation place la collecte de ferraille en amont de la chaîne industrielle. Elle nécessite des opérations de récupération, de tri, de stockage et de transport avant l’entrée de la matière dans l’usine.
L’état gabonais identifie d’ailleurs plusieurs activités autour de cette nouvelle installation : collecte et tri des rebuts ferreux, transport, logistique, maintenance, sous–traitance, stockage, distribution et commercialisation. Pour les entreprises et porteurs de projets à la recherche de financement, ces différents maillons constituent des activités distinctes de la production sidérurgique elle-même. Elles nécessitent des équipements, des moyens de transport, des espaces de stockage et du fonds de roulement.
Un dispositif industriel qui ne part pas de zéro
L’investissement de Port-Gentil complète un outil industriel déjà développé par Foberd au Gabon. Les Aciéries du Gabon indiquent avoir été créées en 2013 et officiellement inaugurées en 2015. Leur site industriel est implanté dans la Zone d’investissement spéciale de Nkok. Le groupe avait déjà développé à Nkok des capacités de production de produits sidérurgiques. Des informations publiées sur l’investissement de 2016 font état de 70 000 tonnes annuelles de barres à verrous et de 10 000 tonnes de tubes soudés, auxquelles s’ajoutait une unité de gaz industriel et médical.
La nouvelle unité de Port-Gentil introduit un maillon supplémentaire : la production de billettes à partir de ferrailles récupérées localement. Selon les informations communiquées lors du lancement, ces billettes sont destinées à alimenter notamment la fabrication de fer à béton dans l’usine du groupe à Nkok. Il s’agit donc d’un renforcement de l’intégration industrielle du groupe plutôt que de la création d’une activité totalement isolée.
Une demande locale soutenue par les politiques industrielles
Le développement de cette activité intervient dans un environnement réglementaire favorable à la production locale de fer à béton. En février 2021, le ministère gabonais du Commerce indiquait que la production nationale dépassait 20 000 tonnes et représentait déjà plus de 75 % du marché local. Le gouvernement avait alors adopté une mesure d’interdiction d’importation du fer à béton afin de protéger la production nationale. Les données économiques montrent depuis une progression importante de la production. En 2024, le fer à béton produit au Gabon atteignait 1,107 million de tonnes, contre 956 670 tonnes en 2023.
Le secteur des matériaux de construction connaît également une progression. En 2024, la production de ciment a atteint 718 920 tonnes, contre 611 066 tonnes en 2023, soit une hausse de 17,7 %. Le chiffre d’affaires de cette branche s’est établi à 57,98 milliards de FCFA, en progression de 17,9 %. Le Tableau de bord de l’économie explique notamment cette évolution par la poursuite de plusieurs chantiers publics. Le fer à béton évolue donc au sein d’un ensemble plus large lié au bâtiment et aux infrastructures.
500 emplois annoncés autour de l’unité
L’investissement comporte également un volet emploi. Le Conseil des ministres du 18 septembre 2026 indique que l’installation doit générer 200 emplois directs et 300 emplois indirects, soit 500 emplois au total.
Ces emplois directs concernent l’activité industrielle elle-même, tandis que les emplois indirects doivent notamment être liés à l’écosystème créé autour de l’usine. Les activités périphériques identifiées par les autorités récupération des ferrailles, transport, logistique, maintenance, sous-traitance, stockage et distribution constituent ainsi plusieurs niveaux d’intervention pour les entreprises locales.
Une industrie sidérurgique qui attire de nouveaux capitaux
L’installation de Foberd intervient alors qu’un autre investissement important se développe dans la sidérurgie gabonaise. En juillet 2026, le Gouvernement gabonais annonçait le lancement du projet de Prometal à Nkok, pour un investissement global estimé à 38 milliards de FCFA.
La première phase de ce projet doit transformer de la ferraille de récupération et produire 60 000 tonnes de fer à béton par an, auxquelles doivent s’ajouter des tubes, des fers marchands, des tôles et des pointes. Le projet doit également créer 350 emplois directs et près de 1 000 emplois indirects dès sa mise en exploitation.
Les deux projets ne disposent toutefois pas du même calendrier ni du même niveau de production. Foberd dispose déjà d’une activité industrielle au Gabon et vient ajouter une nouvelle unité à son dispositif, tandis que Prometal développe une nouvelle installation à Nkok. Cette multiplication des investissements augmente les capacités de transformation locale des métaux et crée simultanément des besoins en matières premières secondaires, en transport, en maintenance et en services industriels.
Port-Gentil : un environnement industriel en évolution
Le projet Foberd intervient également dans une période où les pouvoirs publics annoncent de nouveaux investissements à Port-Gentil. Le Conseil des ministres du 18 septembre 2026 prévoit un effort global de 30 milliards de FCFA pour la relance et le développement de la ville. Les secteurs concernés comprennent notamment les voiries, l’eau, l’électricité, les marchés, la santé, le logement et les infrastructures universitaires.
Sur le plan énergétique, le gouvernement annonce par ailleurs l’arrivée de 50 MW supplémentaires dans les prochains mois et fixe un objectif de 150 MW de capacité additionnelle à l’horizon 2032. Ces investissements publics constituent le contexte dans lequel l’unité industrielle de Port-Gentil démarre sa production. Ils ne permettent toutefois pas, à eux seuls, de déterminer les performances financières futures de l’usine.
Avec 6 milliards de FCFA d’investissement, une capacité initiale de 2 500 tonnes par mois et une montée en puissance annoncée à 5 000 tonnes mensuelles, Foberd ajoute une nouvelle capacité à la filière sidérurgique gabonaise.
Le projet s’insère dans une filière qui affichait déjà 59,194 milliards de FCFA de chiffre d’affaires en 2024, avec 1,107 million de tonnes de fer à béton produites cette même année. Au-delà de l’usine, la nouvelle capacité industrielle structure une chaîne comprenant la récupération, le tri, le stockage et le transport de la ferraille, ainsi que la maintenance, la sous-traitance, la distribution et la commercialisation. Les autorités gabonaises annoncent 200 emplois directs et 300 emplois indirects associés au projet.
les besoins liés à ces différents maillons constituent donc des segments distincts de l’investissement industriel principal : ils peuvent concerner aussi bien les équipements de récupération et de transport que les capacités de stockage, la logistique ou les services industriels.

